Campagne RW1 – Rewrite Loire

Campagne RW1 – Rewrite Loire

Février 2026 – Quatre jours dans les vasières de l’estuaire de la Loire avec l’équipe OCEANIS malgré une météo très défavorable et des crues historiques.

La double crise du changement climatique et de la perte de biodiversité représente deux des défis les plus importants auxquels l’humanité est confrontée au XXIe siècle. Les écosystèmes sédimentaires intertidaux, qui s’étendent sur plus de 10 000 km² du littoral européen, offrent des services et des avantages écosystémiques essentiels tels que la séquestration du carbone, l’adaptation à l’évolution du climat et le soutien à la biodiversité. Cependant, ces habitats sont confrontés à des menaces croissantes liées à la fragmentation, à l’épuisement des ressources et à l’élévation du niveau de la mer.

Cette campagne de quatre jours dans l’estuaire de la Loire, s’inscrit dans le cadre de la thèse de Bocar Konte et du programme européen REWRITE (REWilding and Restoration of Intertidal Sediment Ecosystems for Carbon Sequestration, Climate Adaptation and Biodiversity Support), qui vise à renforcer la résilience écologique et sociétale de ces écosystèmes vitaux dans des approches innovantes de renaturation et de restauration.

Vasière de la Loire à marée basse

Parmi ces écosystèmes, les vasières intertidales se caractérisent par une importante production primaire brute dominée par le micro-phytobenthos. Cette spécificité permettrait la quantification par télédétection des stocks de carbone produit sur place. Ces zones connaissent des changements physiques, chimiques et biologiques rapides, sous l’effet des cycles des marées, des conditions météorologiques et des activités humaines. Ces processus peuvent déplacer et transformer le carbone fixé par le micro-phytobenthos. Il est donc essentiel de comprendre la dynamique à haute fréquence de ces interfaces pour prédire l’évolution des cycles biogéochimiques des vasières dans le contexte du changement climatique, ainsi que leur capacité à séquestrer le carbone.

Cette première campagne, qui s’est déroulée du 16 au 19 février 2026 dans la vasière de Corsept (France – 44) visait à commencer à explorer la dynamique biogéochimique à haute fréquence des interfaces des vasières intertidales afin, à terme, de développer un modèle robuste permettant de prédire les processus de diagenèse précoce répondant aux scénarios du changement climatique ou de la renaturalisation des sites (élimination des digues de protection du littoral par exemple).

Estuaire de la Loire, Inondations historiques

Malgré une météo très défavorable et des crues de la Loire historique, l’équipe OCEANIS a réussi à déployer une station benthique équipée d’un microprofileur in situ sur un cycle de marée et a récupéré 7 séries de profils verticaux (z) d’oxygène à travers l’interface eau-sédiment : 3 séries de profils en dynamique de flux et 4 séries profils en dynamique de reflux. Les caractéristiques physicochimiques du cycle de marée ont également été documentées grâce à une CTD NKE Wimo et une CTD Diver fixées sur la station. Enfin une carotte a été prélevée afin de récupérer les liquides interstitiels sur 30 cm de la colonne sédimentaire afin de mesurer les concentrations de (1) carbone inorganique dissous (ainsi que sa composition isotopique), (2) méthane dissous, (3) nitrate et (4) sulfate. De même, des prélèvements horaires de l’eau en dynamique de flux ont été effectués pour la mesure des mêmes paramètres chimiques.

station benthique équipée d’un microprofileur du LSCE et ses sondes en place dans le vasière

En parallèle l’équipe du LPG de l’université d’Angers a prélevé des carottes sédimentaires pour une étude à haute résolution verticale des gradients de concentration à l’interface eau-sédiment. Et de leur côté l’équipe ISOMER de l’université de Nantes a réalisé des prélèvements pour quantifier le micro-phytobenthos et a pris des mesures de flux de CO2 à l’interface sédiment-air.

Prélèvements dans les vasières de la Loire

La prochaine mission sur l’estuaire de la Loire aura lieu courant avril. L’équipe OCEANIS utilisera alors sa toute nouvelle station benthique UNISENSE permettant une exploration longitudinale (x) des interfaces eau-sédiment ou air-sédiment et une complète autonomie dans la vasière sur plusieurs semaines.