Un géologue, on l’imagine plutôt loin des villes, à étudier des couches de sédiments constituées depuis des millions d’années… Pourtant, c’est bien les eaux usées et les sédiments déposés au fond d’égouts de ville que Jérémy Jacob, directeur de recherche au célèbre Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE), s’est proposé d’analyser avec d’autres chercheurs des sciences de l’environnement ou des sciences humaines et sociales en s’intéressant aux informations qu’ils fournissent sur les habitants, leurs pratiques, et la ville. Précisions dans cet entretien qui commence par lever le voile sur l’acronyme du programme qu’il a porté durant quatre ans : EGOUT…
– Si vous deviez, pour commencer, caractériser le projet que vous portez et dont le nom ne manque pas d’intriguer…
Jérémy Jacob : Comme vous vous en doutez, ce nom, EGOUT, cache un acronyme, fruit d’une intense réflexion avec mes collègues. Nous sommes satisfaits de ce qu’il mette en avant le mot égout, qui est au cœur de la démarche. Pour parvenir à ce résultat, nous avons dû cependant passer par le truchement de l’anglais : Extended Geochemical Observation of Urban Trajectories – en français, cela donnerait OGTU, pour Observations Géochimiques des Trajectoires Urbaines.
De tous les mots de notre acronyme, observations est le plus important sachant que celles-ci peuvent aller de pair avec des rétro-observations, à partir de prélèvements permettant de rendre compte de phénomènes passés et, de préférence, dans la longue durée. De ce point de vue, le fait que je sois géologue n’est pas anodin, le propre de ma discipline étant d’observer des évolutions intervenues dans le temps long.
L’originalité d’EGOUT est ainsi de combiner de l’observation de phénomènes qui se sont déroulés au cours de ces dernières années avec l’observation de phénomènes qui se produisent au quotidien. Concrètement, nous avons réalisé des mesures quotidiennes des eaux usées qui circulent dans les égouts, et d’autres, à partir de sédiments accumulés au fil du temps.
Le champs des possibles de ce qu’on peut observer dans ces eaux usées et ces sédiments étant très large, nous risquions de nous perdre dans les données recueillies. Les villes d’une certaine taille en sont d’ailleurs elles-mêmes réduites à décliner leur organisation en autant de services qu’il y a de thématiques et, donc, de données possibles : la santé, l’environnement, l’urbanisme, les mobilités, etc. Dans le cadre d’EGOUT, nous avons donc pris le parti de concentrer notre attention sur des données auxquelles on ne pense pas spontanément et qui pourtant peuvent fournir de précieuses informations.
Lire l’article complet du journaliste Sylvain Allemand


