En 2021, une découverte inédite dans le monde des sciences océaniques a été faite, au large de Mayotte, par l’équipe scientifique (dont l’équipe OCEANIS) embarquée « à bord du pourquoi Pas ? » de la Flotte Océanographique Française, lors de la campagne GeoFLAMME.

En 2021, une découverte inédite dans le monde des sciences océaniques a été faite, au large de Mayotte, par l’équipe scientifique (dont l’équipe OCEANIS) embarquée « à bord du pourquoi Pas ? » de la Flotte Océanographique Française, lors de la campagne GeoFLAMME. Plus de cent vingt amas d’hydrates de CO2 ont été observés. Jamais un tel site n’avait été observé auparavant. Cette accumulation est vraisemblablement liée aux apports de CO2 de Fani Maoré, un volcan sous-marin né en 2018 et découvert par une équipe multidisciplinaire française (IPGP, BRGM, Ifremer, CNRS, IPG de Strasbourg et l’Université Clermont-Ferrand) lors de la première campagne en mer MAYOBS1 qui se destinait à l’étude de l’origine de l’activité sismique intense observée sur l’île de Mayotte depuis mai 2018.
« C’est la première fois que l’on observe des hydrates de CO2 stables sur plusieurs années au fond de l’océan, de cette taille et dans une telle quantité. Cette découverte exceptionnelle pose de nouvelles questions sur la formation des hydrates et la séquestration du dioxyde de carbone par l’océan sous forme d’hydrates. C’est une découverte qui va nourrir la communauté scientifique et viendra alimenter le secteur s’intéressant au stockage du CO2 dans les hydrates comme solution de géo-ingénierie pour la mitigation du changement climatique », souligne Cécile Cathalot, géochimiste des milieux marins à l’Ifremer au laboratoire Geo-Ocean (CNRS/Ifremer/UBO) et première auteure de l’étude.

Les hydrates sont des composés solides semblables à de la glace, constitués d’eau et de molécules de gaz, En milieu naturel, les hydrates sont souvent composés de méthane et il est extrêmement rare d’observer des hydrates de dioxyde de carbone sur le fond des océans. Généralement les hydrates de gaz se trouvent enfouis dans les sédiments, il n’avait jamais été documenté ces dômes sous-marins hauts de quelques centimètres à 5 mètres de haut.
Les hydrates ont été observés à l’intérieur de la structure volcanique sous-marine du « Fer à cheval », relief sous-marin de 6 km² ceint de falaises atteignant jusqu’à 250 mètres de haut et situé à 10 km vers l’Est de l’île de Mayotte. Ce site offre les conditions nécessaires à la formation des hydrates avec la conjonction d’une eau froide (4°C) et d’une pression suffisante exercée par la colonne d’eau, par 1400 mètres de profondeur. Ce site unique va constituer un laboratoire naturel pour l’étude des processus de séquestration transitoire du CO2 dans l’océan et de l’adaptation de la biodiversité aux conditions d’acidité du milieu, selon l’étude portée par une équipe pluri-organisme et publiée dans la revue Nature Geosciences, ce 12 juin 2026.

Dans cette étude, nous combinons des relevés acoustiques à des observations optiques et géochimiques réalisées à l’aide d’un robot sous-marin (le ROV Victor 6000) pour montrer que des monticules d’hydrates de CO₂ se forment directement sur le fond marin, au-dessus d’un vaste champ de sources de CO₂ liquide au large de l’île de Mayotte. Ces rejets, qui ont commencé à la suite de l’activité volcanique de 2018, ont un impact néfaste sur les communautés coralliennes environnantes en raison de l’acidification locale.
« Grâce aux observations de la campagne, nous avons recensé une vingtaine d’espèces apparentées au groupe des coraux et constaté une mortalité accrue à proximité des monts. Pour mieux connaître la biodiversité locale et sa réaction face à l’acidification du milieu, il faudrait aller plus loin avec des prélèvements approfondis plus systématiques », souligne Marjolaine Matabos, chercheuse en écologie benthique à l’Ifremer.
L’étude a été menée en partenariat avec des chercheurs et chercheuses de l’IFREMER, de l’IPGP, du CNRS, du CEA (LSCE – Equipe OCEANIS), de la NOAA et de l’Université de Milan.


