Les émissions de méthane ont une forte influence sur le réchauffement climatique à court terme, mais elles restent l’un des éléments les plus incertains du bilan mondial des gaz à effet de serre. Des travaux récents établissant un lien entre l’accélération de la croissance du méthane atmosphérique désignent l’Afrique comme un facteur déterminant (Ciais et al., 2026). Le continent abrite des sources diverses et mal quantifiées, notamment les feux de forêt, les grandes zones humides telles que la Cuvette Centrale et le Sudd, les grands réseaux fluviaux et deltas comme l’Okavango, ainsi que des émissions anthropiques croissantes provenant de l’élevage, de l’agriculture, des secteurs pétrolier et gazier, et des décharges. La dernière évaluation du cycle et des processus régionaux du carbone (RECCAP2) estime les émissions africaines entre 74 et 87 Tg de CH₄ par an (environ 15 % des totaux mondiaux ; Ernst et al., 2024), mais les incertitudes restent trop importantes pour attribuer de manière fiable les émissions entre les différents secteurs, ce qui complique les efforts visant à suivre les rétroactions climatiques et à éclairer les mesures d’atténuation dans le cadre du Global Methane Pledge (GMP).
Pour réduire les incertitudes, il faudra étendre les observations atmosphériques sur le continent africain. Cet objectif se heurte à différentes difficultés logistiques, humaines et économiques. Le déploiement d’un réseau de mesure des concentrations de gaz à effet serre en surface, à l’image du réseau ICOS en Europe, se heurte principalement à la difficulté d’identifier les infrastructures nécessaires (typiquement des tours d’une 100aine de mètres de hauteur) pour obtenir une représentativité spatiale régionale, et non locale. Une alternative consiste à déployer des spectromètres infrarouges à transformée de Fourier (FTIR) à suivi solaire, permettant des mesures de colonnes totales, moins sensibles aux perturbations locales. Nous avons ainsi déployé deux stations de mesure des colonnes totales dans le cadre de l’Equipex-OBS4CLIM, à Lamto en Côte d’Ivoire, et la station Atlas-Mohammed V au Maroc. Ce réseau émergent va être développé par le projet CH4 ALERT (Africa Land Emissions Reporting & Tracking), coordonné par l’UCLA qui permettra de déployer 5 spectromètres FTIR sur des sites stratégiquement sélectionnés en se basant sur des considérations logistiques et un travail d’optimisation du réseau atmosphérique (Li et al., 2026). Cette analyse nous a conduit à sélectionner des sites de mesure dans les 5 pays suivants : Cameroun, Nigeria, Rwanda, Ethiopie et Bostwana, avec pour objectif d’installer les instruments au premier semestre 2027.



