Mission d’archéologie expérimentale au Togo

Mission d’archéologie expérimentale au Togo

L’objectif de cette mission d’archéologie expérimentale, la première dans la région depuis 30 ans, était triple :  (1) documenter l’opération de réduction d’un point de vue technique en confrontant avec les observations faites lors de la fouille de bas-fourneaux archéologiques en 2023 et 2024 (comment opèrent les métallurgistes ?); (2) mieux comprendre les résultats de datation archéomagnétique obtenus par Giorgia Ricci sur les structures archéologiques (quel est l’effet réel de la masse de fer sur le signal d’aimantation rémanente dans les parois ?); (3) valoriser ce savoir disparu, en association avec la communauté locale.

Les deux premières semaines de la mission ont été consacrées à la préparation de la réduction : récupération des matières premières (argiles, sables…), fabrication du charbon de bois, concassage du minerai (hématitite), construction puis séchage du fourneau. Celui-ci a des dimensions similaires aux structures archéologiques des XVII-XIXe siècles (1 m de diamètre externe à la base et 2,15 m de hauteur) (Fig. 1).  

Fig. 1. Vue du bas-fourneau pendant le chargement en minerai le jour de la réduction.

Alors que nous ne disposons pas d’informations précises des Anciens sur le déroulé des opérations, le challenge était d’autant plus ambitieux que ces bas-fourneaux fonctionnent à ventilation naturelle. Notre réduction a duré environ une journée avec un enregistrement continu des températures à plusieurs endroits du four. Le vecteur champ magnétique a également été mesuré à plusieurs reprises autour du four, grâce au dispositif conçu par Elodie Brugère. 

Les parois du bas-fourneau ont bien supporté les températures jusqu’à environ 1400°C. Le résultat de la réduction est apparu décevant le jour-même : nous n’avons obtenu « qu’une » grosse scorie car le fer n’a pu être séparé de la scorie (la porte était trop épaisse pour être percée et permettre l’écoulement de la scorie) (Fig. 2). L’observation plus approfondie de la composition de la grosse scorie a montré une présence de fer, confirmée ensuite au laboratoire.

Dans les jours suivants, le bas-fourneau a été tranché sur un cinquième de sa circonférence afin de réaliser des prélèvements archéomagnétiques à différentes hauteurs dans le cadre de tests méthodologiques. Pour une première expérience de réduction sur ce type de bas-fourneau pour l’ensemble de l’équipe (locaux et français), la mission a été une belle réussite.

Fig. 2 : L’équipe à la fin de la réduction avec la grosse scorie produite devant la porte du bas-fourneau.