Les isotopes stables de l’eau (δ¹⁸O et δD) issus des carottes de glace sont largement utilisés pour reconstituer les variations de température passées grâce à leur relation bien établie avec la température de l’air local, communément appelée « paléothermomètre isotopique ». Cependant, les effets liés à la sédimentation et post-sédimentaires entraînent d’importantes incertitudes dans l’utilisation de ce proxy (proxies)en Antarctique. L’ampleur de ces incertitudes dépend fortement de la localisation du site, les impacts étant plus importants dans les régions à faible accumulation du plateau de l’Antarctique oriental. Les effets liés à la sédimentation comprennent l’origine de l’humidité, qui présente des asymétries déterminées par les caractéristiques géographiques et topographiques du continent, ainsi que l’intermittence des précipitations, qui introduit un effet d’aliasing dans le signal archivé. Les processus post-sédimentaires, tels que la sublimation et les échanges entre le firn et l’atmosphère, modifient encore davantage la composition isotopique de la neige avant sa transformation en glace, altérant ainsi la corrélation entre le δ¹⁸O et la température. Nous présentons ici de nouvelles mesures des isotopes de l’eau issues de la neige de surface prélevée lors de l’expédition EAIIST (East Antarctic International Ice Sheet Traverse), menée dans une région reculée du plateau de l’Antarctique oriental. Cette traverse – qui traverse une zone de transition entre des sources d’humidité principalement indiennes et pacifiques – offre un aperçu unique du rôle clé joué par l’origine des masses d’air dans la composition isotopique de la neige. La comparaison avec les simulations LMDZ6iso indique que le modèle parvient à rendre compte de la variabilité spatiale de la relation δ¹⁸O-température entre différents bassins, avec des corrélations statistiquement significatives (p < 0,05) lorsque l’analyse est étendue à l’ensemble de données de l’Antarctique. Cet accord confirme en outre la capacité du modèle à prédire la pente temporelle nécessaire à l’étalonnage des enregistrements isotopiques issus des carottes de glace utilisés pour les reconstitutions de température, même dans des régions influencées par de multiples sources d’humidité. Les pentes temporelles basées sur les valeurs mensuelles de précipitations varient entre 0,4‰ °C−1 et 0,5‰ °C−1 pour les sites de forage de l’EAIIST. Enfin, nous quantifions l’impact de la sublimation sur la composition isotopique de la neige de surface. La prise en compte de la sublimation dans la modélisation de la neige de surface réduit l’écart entre les valeurs observées et celles issues de la modélisation, par rapport aux simulations tenant compte des précipitations, de 1,9‰ à 1,3‰ pour le δ¹⁸O et de 6,6‰ à 2,9‰ pour le d-excès. Ces résultats soulignent le rôle clé de ce processus post-dépôt sur le plateau antarctique.

Petteni, A., Casado, M., Leroy-Dos Santos, C., Landais, A., Dutrievoz, N., Agosta, C., Akers, P. D., Savarino, J., Spolaor, A., Frezzotti, M., and Stenni, B.: Air mass origin and local impacts on Antarctic snow isotopic composition: an observation and modelling study, The Cryosphere, 20, 3581–3598, https://doi.org/10.5194/tc-20-3581-2026, 2026

