Poussières sahariennes : la radioactivité ne provient pas des essais nucléaires menés par la France

Poussières sahariennes : la radioactivité ne provient pas des essais nucléaires menés par la France

La région de Reggane, où les quatre premiers essais nucléaires atmosphériques français ont été menés dans les années 1960 dans le sud de l’Algérie, est située dans l’une des régions les plus actives en matière de sources de poussières, responsables d’épisodes récurrents de poussières sahariennes massives qui atteignent l’Europe occidentale et ont un impact notable sur la qualité de l’air. Après un épisode majeur, une campagne scientifique participative a été lancée à l’aide des réseaux sociaux. Plus de 100 échantillons ont été collectés dans six pays d’Europe de l’Ouest. Les résultats montrent que les signatures isotopiques en plutonium des échantillons analysés coïncident avec les signatures des retombées globales, largement dominées par les essais nucléaires des États-Unis et de l’ex-URSS, et qu’elles sont sensiblement différentes de celles attribuées aux essais français. Bien qu’une contamination radioactive ait été détectée dans tous les échantillons de poussière prélevés à travers l’Europe, leurs activités en radiocésium ne présentaient pas de risque pour la santé publique en termes d’exposition à la radioactivité.

Image visible de Sentinel-3 montrant de la poussière saharienne au-dessus du sud-ouest de l’Europe le 15 mars 2022. Source : Union européenne : images Copernicus Sentinel-3

Les poussières désertiques représentent la première source mondiale en masse d’aérosols dans l’atmosphère. Ces fines particules terrigènes émises par l’action du vent peuvent être transportées sur de plus ou moins longues distances. Ainsi, le Sahara et le Sahel fournissent chaque année la majorité des poussières minérales émises à l’échelle globale dont une partie est transportée vers l’Europe, essentiellement sous forme d’épisodes sporadiques, généralement au début du printemps. Ces épisodes de poussières sahariennes obscurcissent le ciel et impactent la qualité de l’air, ce qui peut générer des problèmes respiratoires. En mars 2022, un évènement exceptionnel, par l’importance des dépôts de poussières au sol associés, s’est produit et a recouvert une grande partie de l’Europe de l’Ouest.

Du césium-137 (une substance radioactive artificielle émise par les essais nucléaires atmosphériques et les accidents nucléaires) avait été détecté par une association dans des dépôts de poussières collectés en France lors de cet évènement de mars 2022. L’origine de cette substance avait été attribuée aux essais nucléaires français conduits dans la région de Reggane, dans le sud de l’Algérie, au début des années 1960. Néanmoins, les résultats obtenus dans le cadre d’une étude conduite par les laboratoires LSCE, GEOPS, l’Université d’Oviedo et le laboratoire de l’Office Fédéral Suisse de la Protection Civile de Spiez et reposant sur l’analyse d’échantillons (110 prélèvements au total) obtenus dans le cadre d’une approche de science participative démontrent que ce n’est pas le cas.

Pour parvenir à ces résultats, différents types d’analyses complémentaires ont été réalisés (analyse des rétro-trajectoires des masses d’air, de géochimie élémentaire, de granulométrie, de minéralogie des argiles et des activités en radionucléides et de leur signature isotopique). Celles-ci ont été réalisées sur tout ou partie des 110 échantillons collectés depuis le sud de l’Espagne jusqu’en Autriche suite à un appel à collecter les dépôts de l’évènement via les réseaux sociaux durant l’évènement et les jours suivants.

Les résultats démontrent que, bien que les poussières proviennent d’une région qui coïncide en partie avec celle du Sud de l’Algérie où la France a réalisé des essais nucléaires atmosphériques en 1960 et en 1961, elles ne présentent toutefois pas le marquage radioactif attendu des essais nucléaires français. Au contraire, les poussières portent la signature des retombées globales largement dominées par les essais nucléaires conduits par les Etats-Unis et l’Union Soviétique à la fin des années 1950 et au début des années 1960 et qui marquent toujours aujourd’hui les sols du monde entier.

De plus, les niveaux de césium radioactif détectés dans tous les échantillons de poussières ainsi collectés (médiane de 14 Bq/kg) sont très inférieurs à ceux autorisés dans la majorité des denrées alimentaires dans l’Union Européenne (généralement 1000 Bq/kg). Par ailleurs, l’inhalation de ces poussières expose les populations à un débit de dose radioactif négligeable (de plusieurs ordres de grandeur inférieurs aux niveaux autorisés dans l’Union Européenne).

Alors que la récurrence de ce type d’évènements atteignant l’Europe est impactée par le changement climatique actuel, ces résultats sont rassurants d’un point de vue sanitaire. Par ailleurs, cette étude met en avant l’opportunité unique qu’offre la science participative. En effet, un si grand nombre d’échantillons répartis spatialement à travers l’Europe n’aurait pas pu être collecté par les seules équipes de recherche.

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Contacts: Olivier Evrard et Yang Xu (LSCE)