Cet article a initialement été publié sur le site de l’IPSL dans le cadre d’un dossier sur « La vague de chaleur de juin 2026« .
En juin 2026, l’agglomération parisienne a subi l’une des canicules les plus intenses jamais enregistrées, favorisée par un blocage anticyclonique en « oméga » qui a maintenu une masse d’air chaud sur la région pendant plusieurs jours. Pour mieux comprendre comment la ville et la forêt réagissent à ces épisodes, nous comparons, depuis 2019, la température de l’air, mesurée toutes les 30 minutes par des capteurs installés sous le couvert végétal dans un grand espace vert urbain, le parc de Vincennes, et dans la forêt de Fontainebleau, prise comme site de référence rural à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Le parc de Vincennes constitue un îlot de fraîcheur par rapport aux quartiers densément bâtis qui l’entourent. Cependant, à une échelle plus large, il reste soumis à l’influence de l’îlot de chaleur urbain et demeure ainsi plus chaud que la forêt de Fontainebleau.
L’analyse des mesures acquises depuis 2019 montre qu’en moyenne, toutes saisons confondues, le parc de Vincennes est environ ~0,8°C plus chaud que la forêt de Fontainebleau. Cette différence moyenne masque toutefois une forte variabilité tant d’une canicule à l’autre qu’au cours d’une journée caniculaire. Depuis 2019, quatre canicules extrêmes ont dépassé 40°C, dont trois liées à une configuration de blocage atmosphérique en oméga. Leur comparaison montre que l’excès thermique urbain varie fortement d’un événement à l’autre, de quasiment nul en 2019 à +3,4°C en 2025. La forêt n’offre donc pas toujours la même fraîcheur au plus fort des épisodes de chaleur.

Cette variabilité s’observe non seulement d’une canicule à l’autre, mais aussi au cours d’une même journée caniculaire : le contraste entre les deux sites évolue fortement au fil des heures. Relativement faible en journée, l’écart de température peut même s’annuler vers 15-16 h. C’est en soirée qu’il devient maximal, jusqu’à +4°C vers 18-19 h. La forêt se rafraîchit vite alors que la ville reste brûlante.
Surtout, pendant les nuits tropicales (minimum ≥ 20 °C), la ville demeure 1 à 2 °C plus chaude toute la nuit. Elle ne connaît pas le répit nocturne dont bénéficient la forêt et le vivant qu’elle abrite.
Qu’un grand parc urbain soit plus chaud qu’une forêt était attendu. Le pic du 24 juin 2026 a culminé à 42,0°C, avec un excès de +1,8°C par rapport à la forêt de Fontainebleau. Son caractère le plus remarquable réside toutefois dans sa durée : du 18 au 27 juin 2026, soit pendant 10 jours consécutifs, la température n’est jamais descendue sous 20°C. L’épisode a ainsi compté dix journées « chaudes » (maximum ≥ 35°C) et neuf nuits « tropicales » (minimum ≥ 20°C), témoignant du caractère exceptionnel de cet épisode caniculaire extrême.
Pour l’avenir, la leçon est double : le danger se concentre désormais la nuit et en ville, et le couvert arboré offre un rafraîchissement concret là où il compte le plus, le soir et la nuit. Mais ce rafraîchissement pourrait lui-même faiblir lorsque la végétation, sous sécheresse, vient à manquer d’eau.
Contacts : Jonathan Barichivich et Valérie Daux – Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE-IPSL) – jonathan.barichivich[a]lsce.ipsl.fr

