Que nous apprennent les sources historiques sur les vagues de chaleur du passé ?

Que nous apprennent les sources historiques sur les vagues de chaleur du passé ?

Cet article a initialement été publié sur le site de l’IPSL dans le cadre d’un dossier sur « La vague de chaleur de juin 2026« .

À la différence du climatologue ou du météorologue, l’historien du climat n’appréhende les vagues de chaleur qu’au travers de leurs impacts sur les sociétés humaines, raison pour laquelle il préfère le terme de « catastrophe » à celui « d’extrême ». Sans surprise, les recherches conduites dans les archives anciennes confirment que ce phénomène météorologique extrême a toujours affecté nos ancêtres. Les premières traces de ces catastrophes apparaissent dès l’invention de l’écriture.

Comme aujourd’hui, ces vagues de chaleur tuaient sous diverses formes et les chroniques médiévales ne manquent pas d’évoquer la hausse brutale de la mortalité, les noyades, et même le décès du roi de France Louis le Gros lors de la vague de chaleur de l’été 1137 !

Si les matériaux historiques ne manquent pas, ils ne permettent pas en revanche d’en estimer l’intensité en termes statistiques jusqu’au XVIIIe siècle, faute de disposer de thermomètres. Pour la période postérieure aux années 1700, nous disposons en France de données instrumentales fiables, sachant que la France, avec l’Observatoire de Paris créé par Louis XIV, fait figure de pionnière en Europe en matière de relevés météorologiques.

Les dates historiques des vendanges constituent les plus longues séries de données en Europe et permettent des reconstitutions quantitatives des températures d’avril à août, de manière continue, par exemple depuis 1354 à Beaune, en Bourgogne. Ces données mettent en évidence 33 événements extrêmes chauds et ont montré le caractère exceptionnel de l’année 2003, date de vendange la plus précoce de toute la série, l’événement antérieur le plus précoce ayant eu lieu en 1556. Depuis 2003, la moitié des années ont été exceptionnellement chaudes au printemps et en été, par rapport aux statistiques sur 664 ans ; les événements exceptionnellement rares au cours des derniers siècles sont devenus la norme.

Désigné sous le terme de « petit optimum médiéval » en raison d’un climat plus chaud et sec qui aurait régné entre les XIe et XIIIe siècles, cet épisode de plus de 300 ans a souvent été évoqué pour nuancer le changement climatique contemporain. Or, l’éclairage historique révèle que seules 7 vagues de chaleur affectèrent la période, autrement dit une période de retour de l’ordre de 42 ans.

Comparaison XIe-XIIIe siècles entre les pics de δ¹⁸O (axe des ordonnées) dans les cernes d’arbres (courbe bleue) et les événements météorologiques historiques. Les cercles rouges indiquent des sécheresses, les cercles noirs les vagues de chaleur extrême et les cercles bleus des épisodes de précipitations exceptionnelles.

Entre le XVe siècle et les années 1950, 22 vagues de chaleur ont sévi en France, avec des séquences plus intenses en durée et en fréquence, à l’instar des années 1480-1530, 1700-1719, 1870-1893 et 1947-1949.

Vagues de chaleur et sécheresses en France depuis 1500. L’axe des ordonnées correspond au nombre de jours et celui des abscisses aux années.

Parmi elles, les vagues de chaleur répétées de 1921 en Europe se rapprochent sensiblement de celles que nous connaissons actuellement. Après un hiver doux et un printemps plutôt frais, les températures commencent à s’emballer le 4 juin avec des températures situées autour des 30°C et des pics de 37-39°C atteints le 27 juin à Bordeaux et à Brive-la-Gaillarde, dans le Sud-Ouest. Après une courte accalmie, les chaleurs reprennent de plus belle à la mi-juillet (autour des 35°C) pour culminer le 28 juillet dans le Nord et l’Est du pays avec des records atteints à Paris (38,4°C), Metz (36,5C°), Chaumont et Vesoul (41,6C°). La fraîcheur ne revient qu’à compter du 10 août et perdure jusqu’à la fin du mois pour laisser place de nouveau à des températures inhabituellement élevées en septembre et octobre dans l’ensemble du pays :

  • 26,4°C à Paris le 11 octobre
  • 30,8°C à Bordeaux et à Lyon le 10 octobre
  • 28,1°C à Marseille le 21 octobre

En matière de comparaison avec notre climat actuel, la fréquence des aléas apparaît bien différente, avec une rupture nette située au tournant des années 1970. Avant cette décennie, nos sociétés risquaient d’affronter une vague de chaleur seulement tous les 23 ans contre moins de 2 ans de nos jours. L’emballement s’opère surtout après 2010, avec 26 vagues de chaleur recensées pour la seule période 2011-2025.

Références :

  • Garnier, E. (2019). Historic drought from archives: Beyond the instrumental record. In: Iglesias, A. et al. (eds.) Drought Science and Policy. Chichester: John Wiley & Sons, pp. 45–67.
  • Garnier, E. (2021). Extreme events and history: For a better consideration of natural hazards. In: Bernardara, P. and Bousquet, N. (eds.) Statistical Extreme Value Theory with Applications to Natural Hazard Engineering. Cham: Springer Nature, pp. 23–36.

Contact : Emmanuel Garnier – Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE-IPSL) – emmanuel.garnier[a]lsce.ipsl.fr