Ce mardi 2 juillet, l’équipe GEOTRAC s’est rendue au Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) de Paris pour une visite des herbiers, guidée par Germinal Rouhan, responsable scientifique des collections. L’occasion pour nous de découvrir l’une des plus grandes collections botaniques au monde, et de voir à quel point ces archives végétales restent aujourd’hui un outil de recherche important.

Un patrimoine botanique unique au monde
L’histoire des herbiers du Muséum remonte au Jardin royal des plantes médicinales, fondé sous Louis XIII par Guy de La Brosse. Le Muséum national d’Histoire naturelle, lui, naît en 1793 par décret de la Convention. Les collections, jusque-là dispersées, y sont alors rassemblées. Elles sont ensuite organisées selon une classification par familles, héritée des travaux de trois générations de botanistes de la famille Jussieu. Ce principe est toujours utilisé aujourd’hui.
Avec près de 8 millions de spécimens répartis sur quatre étages et plusieurs salles maintenues à hygrométrie et température contrôlées pour lutter contre les insectes et les moisissures, le MNHN conserve aujourd’hui plus de la moitié des espèces végétales connues dans le monde et les collections continuent d’être étudiées activement. Chaque planche, classée par famille et accompagnée de sa date et de son lieu de récolte, fournit des informations précieuses pour la recherche.

Des collections vivantes, toujours utiles à la recherche
Ce qui nous a marqués, c’est à quel point ces collections sont loin d’être figées : elles s’enrichissent en permanence et s’inscrivent dans un vaste réseau de collaborations internationales, avec des duplicatas de spécimens parfois répartis entre plusieurs herbiers à travers le monde. Les spécimens conservés au Muséum proviennent de tous les continents, un témoignage direct de l’ampleur des expéditions et des échanges scientifiques menés depuis des siècles.
Au-delà de leur valeur patrimoniale, ces planches, précisément datées et géolocalisées, permettent aussi de retracer la répartition géographique passée et actuelle des espèces, et d’étudier leur développement au fil du temps. Comparées sur plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, elles constituent une source précieuse pour suivre l’évolution des aires de répartition, détecter l’apparition d’espèces invasives, et documenter l’impact du changement climatique sur les cycles de vie des plantes.

On a aussi découvert la diversité de leurs usages actuels : études phylogénétiques par analyse de l’ADN des végétaux, qui bousculent régulièrement la classification traditionnelle des familles ; recherches sur les métaux lourds et les métaux critiques, comme le nickel, présents dans la sève de certaines plantes ; séquençage du génome de bactéries associées à des cultures comme le manioc ; ou encore étude de champignons via la coloration du pistil, révélatrice d’une infestation fongique. On nous a aussi parlé d’interactions écologiques étudiées grâce aux herbiers, comme certaines symbioses entre plantes et fourmis, ou de l’analyse des résidus de sol conservés au niveau des racines, par exemple sur des spécimens de blé. Cette sortie a été une belle occasion pour l’équipe de découvrir la richesse de ces collections et d’entrevoir de nouvelles pistes de collaboration scientifique.
Rédactrice : Sarah Sifi

